Stratégie pour obtenir de la considération : L’image du paraître

strategies_consideration1

Stratégie pour obtenir de la considération : L’image du paraître

Parmi les stratégies que nous utilisons pour tenter de nous nourrir de nos besoins existentiels fondamentaux, le paraître est particulièrement à la mode.

Le paraître, c’est l’ego qui met tout en œuvre pour contrôler l’image parfaite que l’on veut montrer de soi ainsi que l’image de soi que l’on voudrait imposer dans l’esprit des autres. Et tout ça, sans même en avoir conscience pour la plupart des gens.

L’importance du paraître a atteint quasiment l’ensemble des individus de notre société moderne. Une propagation insidieuse dans les mentalités, dont nous préférons occulter qu’elle est source de nombreux mal-êtres. Ce fléau se met en place très jeune et se poursuit dans la vie familiale et professionnelle. La préoccupation de l’image parfaite toujours projetée aux autres génère des pensées telles que « Qu’est-ce que l’on va penser de moi ? », « Ho! la honte! » Les plus dérangés par ce problème appuieront sur ce bouton pour provoquer le mal-être chez les autres aussi.

En réalité la projection de son Moi ne correspond pas à l’image réceptionnée par les autres. Il y a souvent un décalage entre les représentations que l’on a de soi, de qui l’on est réellement et celle que les autres se font. Cette stratégie de paraître est utilisée pour se valoriser et obtenir ainsi de la considération. Mais l’erreur est de baser sa valorisation sur l’objet (être capable de…, avoir des capacités intellectuelles ou physiques, avoir un look, un métier, etc.), faute de comprendre que la considération, c’est en réalité notre sujet qui est en demande. C’est comme si l’on s’obstinait à vouloir nourrir un épouvantail, ne comprenant pas que c’est l’être humain recroquevillé juste à coté attendant dans le coin, qu’il faut regarder pour le nourrir.

Le besoin de projeter au monde extérieur un masque le plus parfait possible de soi tient vient du besoin existentiel fondamental de se sentir intégré, aimé, accepté, considéré… est un leurre. Croire que sa qualité dépendrait d’une valeur que l’on s’accorde par rapport à l’image que l’on projette aux autres. Ces images, qui nous lient à des objets (capacité de bien dire, de bien faire, de gagner…) ne sont pas l’expression d’une attitude d’assertivité.

L’importance du paraître pour l’ego en soi peut faire occulter certains aspects négatifs d’une personne. Comme par hasard, cet aspect négatif en soi que l’on refuse de voir, c’est ce que l’on ne supportera pas chez autrui (l’individu est alors en rupture par répulsion.)

Voici un exemple de manipulation personnelle pour sauvegarder l’image de soi (ou plutôt l’image du Moi!): Une personne me dit qu’elle ne supporte pas le mensonge d’un ami. Je lui réponds que cet aspect qui la dérange chez lui est très probablement le miroir d’un aspect qu’elle utilise aussi, mais qu’elle refuserait de voir en elle. Elle réagit aussitôt, niant catégoriquement qu’elle utilise le mensonge.

Sa colère montre à la fois un refus d’accepter cet aspect en elle, autant que le soucis qu’autrui puisse la voir avec cet aspect. Cette situation menace son masque du paraître. Usant tous les stratèges pour bien le cacher, l’ego est capable de mentir à sa propre conscience.

Comme nous l’avons vu dans de précédents articles, tout symptôme est la manifestation de la pulsion de vie qui cherche à faire intégrer des parts de soi en attente de reconnaissance. Cette colère, c’est le signe qu’une part d’elle-même est en train de se manifester pour être enfin reconnue et intégrée.

Je l’accompagne dans la manifestation de sa colère, car je sais qu’elle n’a rien à voir avec moi, mais avec la manifestation d’une part d’elle-même. Ma confiance en la justesse de sa réaction lui permet de voir autrement la réalité et elle me confie qu’il lui arrive en effet de mentir et qu’elle peut être très douée en cela, ajoutant aussi que c’est dans le but de se protéger. L’accompagnement thérapeutique va lui permettre d’accueillir cette part en elle qu’elle refusait de voir. Sa légitimité est entendue, comprise et peut alors être accueillie et intégrée.

Cette expérience permet une grande prise de conscience de nos mécanismes pour sauvegarder notre paraître. D’une part parce qu’elle éclaire sur les stratégies utilisées par l’ego pour préserver son image d’elle-même autant que celle des autres sur elle. Elle prend conscience aussi que sa colère envers moi n’était qu’un mirage. Cette colère faisant appel à l’importance d’ajuster un déséquilibre, de rétablir un l’ordre en soi en écoutant cette part qui ment et qui a tant besoin de se sentir vue, comprise, accueillie et reconnue comme faisant partie d’elle. Elle a aussi besoin que l’on reconnaisse l’importance de son rôle.

Plus l’ego a besoin de paraître, plus on est en manque d’être ! Accueillir ces parts d’être nous permet de diminuer le besoin de paraître et d’être ainsi plus assertif, s’affirmant avec ses qualités et ses défauts.

L’expérience ci-dessus a été positive et l’apaisement ressenti a permis ce qui s’appelle à juste titre un développement personnel. Mais combien de personnes dans une situation similaire se fâchent et se quittent sans avoir conscience de l’impact de nos stratégies de paraître pour se nourrir de nos besoins existentiels fondamentaux ? S’ajoutent alors d’autres blessures psychiques lors de disputes, faute d’être en capacité d’identifier et de comprendre ces mécanismes assez courants. En effet, ils se sont particulièrement développés dans notre société actuelle, où le paraître est à son paroxysme et le mal-être en proportion relationnelle.

Catherine Sarrade

15 août 2016