Distinguer l’état communicant de l’état relationnel

articles-distinguer-letat-communicant-de-letat-relationnel

Distinguer l’état communicant de l’état relationnel

Savez-vous distinguer l’état communicant de l’état relationnel? C’est pourtant un fondement majeur dans nos échanges. Thierry Tournebise a su pointer ce qui fait la différence et cet article vous permettra de saisir le sens de ces termes qui définissent des situations d’échanges radicalement opposés.

Le mot communicant défini qu’il y a une ouverture. C’est pourquoi nous disons par exemple que des chambres sont communicantes, ou que nous parlons de vases communicants. Être communicant est un état d’ouverture d’esprit, plus précisément, une ouverture d’esprit à l’être. L’être, c’est celui qui ressent, qui éprouve des émotions et qui se sent exister grâce à ce regard, ce positionnement particulier. C’est quand l’individu compte plus que l’information.

Le mot relationnel définit quant à lui un lien, être relié, être attaché à quelque chose. C’est plus précisément ce qui nous relie à l’affect. Être affecté, c’est être perturbé par quelque chose, par exemple quand le comportement de l’un provoque une influence, une réaction, dans le comportement de l’autre. C’est alors un lien affectif qui nous lie, même si nous détestons l’autre, il se crée un lien affectif. Et plus l’autre nous affecte, plus nous sommes liés à lui (nous y sommes attachés) et c’est pourquoi il occupe nos pensées (même négatives).

L’état relationnel correspond à un état de fermeture envers l’être et ses ressentis pour ne voir que l’objet (le problème, le comportement, l’histoire de l’autre, son statut…). C’est une fermeture au sujet (quelqu’un) pour ne voir que l’objet (quelque chose). Lorsque nous portons notre regard sur quelque chose, nous ne voyons pas l’être et cela l’empêche de se sentir exister.

L’état communicant est rare, car la plupart du temps nous sommes dans un positionnement relationnel dans nos échanges avec autrui. Nous ne comprenons souvent pas pourquoi des personnes qui devraient avoir tout pour être heureuses (célébrité, richesse…) puissent ressentir du mal-être et du désespoir. Pourtant ce mal-être vient de état relationnel envers l’autre (beauté, richesse, pouvoir, histoire, intelligence, actes, paroles…). Plus nous sommes intéressés par quelque chose, moins nous percevons qu’un être qui ressent vit au cœur de cet individu. L’être qui vit en nous a besoin de se sentir exister pour maintenir son équilibre physique et psychique. Il a besoin de se sentir compris, considéré, valorisé, reconnu dans ce qu’il vit, dans ce qu’il ressent. Seul l’état communicant permet de s’ouvrir à l’autre pour percevoir l’être et l’entendre dans la manière dont il vit.

Nous sommes en relation quand nous avons un intérêt, des attentes, quand nous sommes dans la manipulation (même si l’on pense que c’est pour le bien de l’autre s’il cède à notre volonté). Nous sommes en relation lorsque nous cherchons à convaincre l’autre, l’humilier ou le mépriser… Les situations relationnelles perturbent, elles sont sources de conflits, de mal-être, de stress, de troubles psychiques et physiques… Elles sont à l’origine des carences de nos besoins existentiels fondamentaux (Lire l’article sur le sujet dans ce site).

L’état communicant permet de ressentir la chaleur humaine. C’est un état dans lequel les interlocuteurs sont dans la considération et l’écoute mutuelle. Lorsqu’un individu porte son attention sur celui qui s’exprime, il est alors attentionné, car l’être a plus d’importance que l’information. Quand l’individu porte de l’intérêt sur quelque chose (l’information qu’il reçoit), il est alors intéressé car l’information a plus d’importance que l’être.

L’assertivité consiste à être dans l’affirmation de soi tout en étant dans le respect de l’autre. C’est quand nous avons autant de considération envers soi-même que nous en avons envers les autres. 

La considération est au-dessus de l’estime, c’est pourquoi il serait plus juste de parler de considération d’un individu que d’estime de l’autre (estimer, c’est accorder de la valeur). 
État communicant : Considération égale de soi et des autres.

États relationnels : Positionnements basés sur la valorisation de soi et des autres (croyances personnelles). Notre regard sur soi et les autres détermine ces positionnements :

– Avoir de la valeur (imposition de l’ego), mais l’autre n’en a pas.

– Ne pas avoir de valeur (manque d’estime de soi), mais l’autre a de la valeur.

– Ne pas avoir de valeur  et l’autre n’en a pas non plus.
L’état communicant inclut l’accueil. C’est être capable d’accueillir une différence de point de vue, accepter que l’autre soit différent de soi et qu’il puisse penser, agir, ressentir différemment de soi… L’état d’ouverture d’esprit permet une écoute de qualité en induisant dans son comportement l’expression verbale ou non verbale que l’on conçoit qu’il puisse penser ainsi, même s’il pense différemment de soi.

L’état communicant n’est possible que si l’on est dans la conscience, présent à soi et à l’autre. C’est cet état qui génère de la chaleur humaine, tellement agréable qu’elle est source de bien-être.

Certains disent : « On ne peut pas ne pas communiquer », il serait plus juste de dire :

« On ne peut pas ne pas échanger de l’information ».  

Exemple de situations : Aline rencontre Sophie et est ravie de ce contact, mais Sophie est très froide et distante. On peut observer qu’Aline était dans un état communicant (ouvert) alors que Sophie est dans un état relationnel (fermé).

Si en réaction au comportement de Sophie, Aline se vexe, elle passe alors à l’état relationnel (Aline est affectée, elle est reliée au comportement de Sophie qui a influencé le sien) son regard est passé de quelqu’un à quelque chose (ce qu’elle a fait).

Autre scénario: Aline rencontre Sophie et est ravie de ce contact, mais Sophie est très froide, elle l’ignore. Malgré l’état de fermeture de Sophie, Aline demeure chaleureuse et ouverte. Son comportement n’est pas attaché, ni influencé par celui de l’autre, il est libre. Son regard est porté non pas sur le comportement de Sophie, mais sur l’être qu’elle est au-delà de son comportement. Regarder l’être, c’est chercher à comprendre les ressentis sans les juger. En comprenant que Sophie a sa raison d’être distante, c’est s’ouvrir à la raison de l’autre d’être ainsi. Cet état d’ouverture permet à Aline d’être attentionnée à cet être malgré les apparences. C’est ce positionnement qui permet de s’ouvrir pour écouter l’autre. Il y a bien des chances que l’état communicant d’Aline induise un état d’ouverture chez Sophie, qui se sent alors exister et considérée.

Différencier l’état communicant de l’état relationnel permet de prendre conscience de ce qui peut faire échouer un entretien, en particulier avec des personnes en souffrance. Malgré une grande bienveillance, la souffrance psychique d’un individu peut s’aggraver si on ne le regarde qu’à travers son problème, si l’on cherche à le convaincre ou si l’on ne pense qu’à trouver une solution. Or, seul l’état communicant permet de soulager la personne qui est invitée à exprimer comment elle le vit ce problème. Après, mais seulement après avoir entendu et validé les ressentis de l’être, on peut éventuellement parler de solutions.

C’est le regard sur… qui détermine son positionnement. Les questions justes et pertinentes découleront du regard porté sur l’être. L’article « Savoir rester chaleureux dans la relation d’aide » aborde la suite.

Catherine Sarrade