L’estime de soi, l’illusion sur Soi du Moi

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L’estime de soi, l’illusion sur Soi du Moi

L’importance d’avoir une bonne estime de soi, telle qu’elle est généralement définie, ne fait que référence à une image projetée par le mental (le Moi) et fait regrettablement perdre de vue le besoin de considération de l’être (le Soi). Cet article rappelle l’importance de porter son regard sur Soi, un être qui ne peut être estimé, puisque sa valeur est inestimable.

De nombreux facteurs d’estimation

Estimer, c’est déterminer la valeur de quelque chose. Nous sommes tous capables d’estimer notre propre valeur ou celle des autres sur une échelle de 0 à 10. Certains auront tendance à se surestimer, d’autres, au contraire, à se sous-estimer, selon des critères de force ou de faiblesse, de réussite ou d’échec, de domination ou de soumission. Ils influencent fortement, le plus souvent inconsciemment, le jugement que nous portons sur soi et sur les autres.

L’estime de soi dépend de nombreux facteurs :

  • L’environnent familial (amour reçu, rejet, abandon…)
  • L’éducation (tolérance ou intolérance de la différence)
  • La scolarité (réussite ou échec scolaire)
  • La personnalité (tempérament optimiste ou pessimiste, fort ou faible…)
  • La culture (admiration ou mépris des individus selon des critères de statut, des biens acquis, de religion, d’activité, de mode)
  • L’aspect physique (critères de beauté, du corps…)
  • Les capacités physiques (santé mentale et physique, structure du corps, capacités du corps)
  • Les capacités intellectuelles (perspicacité, humour, répartie, sens de l’écriture)
  • La capacité de réalisation d’objectifs (objectifs personnels, manuels, artistiques)
  • Le pouvoir exercé sur les autres (position de domination ou de soumission, capacité de convaincre)
  • La force du contrôle exercé sur soi-même (sur son corps, ses émotions et ses sentiments)

L’illusoire estime de soi

Voici une expérience faite sur des enfants aux États-Unis. Une enseignante explique aux élèves de sa classe que les enfants aux yeux marron seront désormais considérés comme étant des humains sans valeur et que ceux aux yeux bleus seront considérés comme étant des individus supérieurs. Aussitôt, les enfants aux yeux marron ont été méprisés, placés au fond de la classe.  L’amitié entre les enfants avait changé, chacun convaincu du sens de la valorisation ou dévalorisation de soi-même et des autres. Le lendemain, l’enseignante annonce qu’elle s’était trompé et inverse la règle en annonçant aux enfants aux yeux marron qu’ils sont en fait des individus supérieurs et que les enfants aux yeux bleus sont des humains de moindre valeur. Cette information a immédiatement totalement modifié le comportement des enfants, convaincus de la nouvelle norme sur l’estimation des êtres humains. Notons que l’estime de soi, dans cette expérience, ne portait que sur un seul critère : la conviction d’être ou non supérieur à l’autre selon la couleur des yeux[1].

Se dévaloriser ou se surestimer ne sont que des regards portés sur un mirage

Se dévaloriser correspond à la croyance, le plus souvent inconsciente, de : « Ce que je représente n’a pas de valeur et ne mérite pas d’être aimé, ni par moi-même, ni par les autres ! ». C’est la honte d’exister tel que l’on est et s’ajoute la culpabilisation (le reproche) de ne pas avoir agit parfaitement. On ne s’accorde pas le droit à l’erreur, ni celui d’être différent.

Nos problèmes relationnels révèlent nos blessures psychiques, y compris celles du manque d’estime de soi. Par exemple, celui qui ne se croit pas digne d’être aimé connaitra des problèmes relationnels dus à l’écart entre l’image que l’on se fait de soi et l’image renvoyée par l’autre. Autrement dit, si l’estimation de soi est faible alors que l’estimation par l’autre est forte (faisant des compliments, offrant des cadeaux, sollicitant sa présence…) cela provoquera un conflit psychique chez celui qui se dévalorise. L’individu mettra alors tout en œuvre pour faire correspondre les deux visions contrastées et convaincre de sa propre image négative à l’autre. Les reproches systématiques fusent, des réflexions négatives issues de déceptions d’attentes de comportements « Je voulais que tu me dises ça comme ça!… tu me déçois toujours, tu ne réponds jamais à mes attentes!« . En dévalorisant l’autre, il cherche à faire entendre l’intensité douloureuse de sa propre blessure. Mais le mal-entendu est le plus souvent écouté par un mal-entendant. En conséquence, la relation sera conflictuelle et chronique jusqu’à éloigner ceux qui s’appréciaient. Lorsque l’échec est atteint, il renforce le sentiment et la souffrance de ne pas être digne d’être aimé.

Se surestimer provoque le plus souvent une attitude de mépris (qui consiste à ôter toute valeur à l’autre). C’est être imbu de sa personne avec la pensée : « L’autre vaut moins que moi, ou ne vaut rien du tout ».  Dévaloriser autrui pour se valoriser soi-même révèle un manque de conscience, d’insensibilité et un complexe d’infériorité.

S’admirer (admirer ses capacités physiques ou intellectuelles, admirer son statut…) c’est être ébloui par quelque chose. Mais quand on est ébloui on ne voit plus ! Aveuglé par des mirages, on perd de vue l’être.

Nous ne sommes pas les images projetées par notre mental

Vous lirez le plus souvent que la définition de l’estime de soi correspond à l’écart entre l’image que l’individu se représente de lui-même et l’image qu’il voudrait montrer de lui. Plus l’écart est grand et plus l’individu manque d’estime pour lui-même. Et plus cet écart est réduit, plus il a une haute estime de lui-même. Cependant, dans les deux cas, l’estime de soi ne fait que référence à des jugements portant sur des images projetées. Tels des mirages, projetant l’illusion du concret.

L’estime de soi et des autres n’est en fait qu’un concept irrationnel, créé par le mental, exprimant un jugement positif ou négatif basé sur de l’interprétation.

Regarder en premier plan le sujet et non l’objet

Quelle que soit la forme d’estime, valorisante ou dévalorisante, envers soi-même ou les autres, l’estime est toujours basée sur des critères objectifs, c’est-à-dire portés des objets. Cela nous empêche de porter notre regard sur l’être en soi, le sujet. Quand on ne voit qu’une image (quelque chose), cela détourne notre regard de l’être (quelqu’un).

Pour voir le sujet, il faut commencer par admettre avec humilité que nous ne sommes pas ce que notre ego se représente de lui-même. L’être en nous est tellement écrasé par notre mental, que le mental lui-même a du mal à concevoir qu’un être puisse exister en lui !

Pourtant l’être en soi a pour seul besoin de se sentir considéré et de pouvoir exister tel qu’il est. L’être n’a pas besoin d’estimation de sa propre valeur, puisqu’elle est inestimable. L’être n’a besoin que de considération ! Ce besoin existentiel est fondamental pour sa santé, pour son équilibre mental et physique.  (Lire l’article dans ce même site sur nos besoins existentiels fondamentaux)

Vers plus de cynisme ?

Il est intéressant de connaitre la définition du mot cynique : Qui est relatif à l’école philosophique de Diogène et d’Antisthène, suivant laquelle la pratique de la vertu consiste à mépriser les conventions sociales, à braver l’opinion publique, dans le but de revenir à l’état de nature[2].

L’idée de mépriser les conventions sociales renvoie à cesser la standardisation des individus afin de se rendre acceptable aux yeux des autres. Braver l’opinion publique consiste à rester libre de ses choix et les assumer sans craindre le regard, le jugement ou le rejet des autres. Tout cela dans le but de revenir à l’état de nature, afin de nous permettre d’exprimer notre singularité et de se sentir pleinement exister en étant  apprécié et accepté tel que l’on est, authentique. L’enjeu est de cesser de vivre dans le paraître pour enfin se laisser être Soi.

Cet état de nature, basé sur l’authentique considération de soi n’est aucunement au détriment du respect d’autrui. La considération de Soi ne peut qu’avoir pour effet la considération pour autrui. C’est d’ailleurs le sens de l’assertivité, qui définit l’affirmation de soi dans le respect d’autrui.

Il semble clair à présent que l’emploi du terme « Estime de soi » soit inapproprié. Certes, c’est toujours mieux d’avoir une estime plutôt positive qu’un manque d’estime de soi. Mais seule la « Considération de Soi » favorise l’harmonie intérieure et l’épanouissement de l’individu.

Catherine Sarrade

16 11 2017

 

[1] Cette expérience a été filmée et se trouve sur Youtube. Je n’ai malheureusement pas retrouvé la vidéo à ce jour.

[2] http://www.cnrtl.fr/definition/cynique